Observatoire Socio-politique Chiss

01 juin 2005

NON = OUI, mais pas le même oui héhé!

   

Je devais poster AVANT le référendum. Mais pour cause d’attaque sur la station-relai d’Esfandia, j’ai été retardé. Mais cela ne change rien à l’analyse, et il n’y aura même pas de commentaires sur les 55% pour le NON.

Moi qui croyait les Français amorphes et incapables de s’intéresser correctement à la politique, je dois dire que j’ai été surpris. Ils ont réussi à s’intéresser à la politique, ce coup-ci, et la politique de haut-vol. Rien à voir avec les cantonales.

Voulez vous de la constitution proposée ? En gros, la question était la suivante, pour le référendum. Oui ou non étaient les réponses. Jusqu’à là rien de bien méchant, rien de bien anti-démocratique. Je ne vais pas m’interroger sur le pourquoi des passions qui ont déchaîné les campagnes du oui et du non en France, et plus généralement sur la question-débat-polémique qui a réussi à secouer la classe politique, les médias l’ont très bien fait, ne sachant pas vraiment sortir du cadre rétréci d’une info, comme d’habitude.

Je vais plutôt me demander pourquoi mon cœur ET ma tête ont dit NON, et ma main de même après tout, lors du choix des bulletins. Avec joie. Oh oui. Je crois que ça faisait longtemps que je n’avais éprouvé autant de plaisir à voter. Une immense joie, plus immense car le NON a gagné. Jour immense pour moi. Joie aux larmes, le peuple a parlé, et il a parlé fort.

Soyons sérieux, je n’ai pas voté contre le gouvernement, car je vais l’éjecter de toute manière dès les prochaines législatives et présidentielles, et je ne serais pas le seul. Je ne vais pas revenir sur le niveau de pourriture de la droite au pouvoir, ou même quand elle n’est pas au pouvoir, ni sur celui de la gauche du PS, qui finalement n’a pas hésité à pratiquer les mêmes méthodes corruptives dans des affaires immobilières. Mais taper sur la droite semblerait plus légitime car elle représente les plus riches, disons le crûment, même si je suis destiné à être futur cadre commercial. Donc, non, je n’ai pas voté contre Chirac, même s’il aurait mérité tous les référendums et élections pour comprendre qu’il serait bon pour être banni il y a déjà 30 ans chez nous les Chiss, dès sa première erreur qu’il n’a pas corrigée, c’est-à-dire entrer en politique. Je n’ai pas voté contre Raffarin, bien que je pensais pendant la première année de son mandat qu’avec sa bonne tête de père de famille, il serait moins à droite et plus adroit pour écouter le pays. Je n’ai pas voté contre les autres ministres, bien qu’avec des hausses de salaires votées en début de mandat Raffarin, ils mériteraient tout simplement qu’on les fasse habiter de force dans un ghetto du Val d’Oise - qu’on appelle « Cité » parce que ça fait plus grec.

Non, j’ai voté contre cette constitution tout d’abord parce que j’ai pris la peine de la lire.

Déjà, oui, c’est vrai que les Français sont d’immenses flemmards, ça OK, incontestable. Mais coller une constitution de 180 pages à lire en deux semaines, je trouve que c’est tout à fait cynique et digne des dictateurs. Staline avait inventé lui aussi la démocratie : on avait le choix entre le parti communiste ouvrier, le parti communiste paysan etc.. Bref j’ai lu les 200 pages, mais j’avoue que pour le coup j’ai eu peur quant au niveau de culture des gens qui ont osé rédiger ça. Passons même sur le nom, embrouillant au possible, fait pour satisfaire les fédéralistes et les souverainistes, qui ont toujours eu les yeux en face des objectifs primordiaux, c’est sûr. 200 pages !!! Zut, c’est quoi la moyenne des constitutions standards ? 200 articles max, nan ? C’est bien la preuve que quelque chose ne va pas ! N’en déplaise aux partisans du OUI, cette constitution a déjà d’entrée de jeu un problème, avant qu’on puisse la lire !

Au passage, j’ajoute la scélératesse des soi-disant élites européennes qui nous ont balancé devant ce texte avec pour nous la responsabilité de faire un choix. Le pavé permet de lasser très vite la plupart des gens qui n’ont pas le courage de le lire. Les élites qui l’ont rédigé l’ont elles lu ? J’en doute, je retrouve même des fautes d’orthographes ! Retour à la case primaire, Giscard !

Bon. Lisons cette constitution, comme disait le Nouvel Obs dans son guide d’octobre dernier. Et bien, première partie, vraiment bien, en fait, concise, précise (et dieu que le reste souffre d’imprécision), définissant bien les partages institutionnels. Il y a même des innovations, comme le super-ministre des affaires étrangères, ou bien le renforcement des pouvoirs du parlement, le rapprochant enfin de son rôle démocratique que les politiciens ne voulaient pas lui donner, les souverainistes frustrés en premier.

Chaleureuse première partie, qui aurait pu à elle seule faire une constitution, si des imbéciles avec leur fierté mal acquise n’avaient pas eu l’idée géniale que la constitution définirait tout en Europe (entre ce qui est du domaine national et ce qui est du domaine européen mais aussi le reste de ce qu’on peut définir), un peu comme le font les lois et les décrets. Evidemment, comme ils ne savent pas être efficaces, ils tentent de justifier leurs salaires exorbitants et indécents par des super-idées. Malins, mais pas intelligents ! Puisque cette constitution est appelée aussi traité, on va pouvoir refourguer dedans les traités Européens précédents, avec toutes leurs conneries que ça implique, bien sûr. Comme les populations n’attachent plus trop d’importance à la dénomination d’un texte, on peut tout faire passer sous le nom Constitution, voire inventer des expressions qui veulent dire quelque chose d’un point de vue juridique, oui, mais sont terriblement cyniques.

Donc la partie II traite du social. Evidemment, c’est alléchant, pour nous autres populaces smicardes. Oui, mais mettre des articles qui sont au mieux flous par exemple sur le droit à la vie, ou bien qui ne font que reprendre la majorité des traités mondiaux type DUDH de l’ONU, c’est un peu se foutre du monde. Bon, soit, une constitution se doit de fixer le droit inaliénable au sandwich jambon-beurre à 2 euro et à la discrimination des immigrés noirs et arabes, mais cela pouvait se faire en quelques articles. Mettre solidarité pour le titre d’une sous-partie, c’est même carrément honteux vu que la solidarité européenne est encore majoritairement celle du fric, donc économique, pardon. Je ne vous dis pas pourquoi la majorité des européens ne voient pas ce fric…

Partie III, charmant et bordélique. La partie économique, quoi. Bon soit, la constitution est censée être à durée illimitée (et non pas 25 ans, ou alors le gag était bon, ça faisait déjà bien peur) – Article IV-446 -, mais alors, ça veut dire que les impératifs économiques seront les mêmes dans 3000 ans ? Il faut vraiment être débile pour faire une partie sur les politiques économiques avec cette motivation. A ceux qui me diront que l’on parle de politiques en général, je réplique que pour toute politique il faut un budget (sauf celle des rêves), ne serait-ce que pour payer les incompétents qui la conçoivent. Le payement des incompétents relève d’ailleurs déjà d’une politique à lui-même.

Pas d’économie dans une constitution, mise à part la définition des rôles économiques incombant aux institutions. Mais c’est tout.

Le pire est que les articles sont ce qu’on appelle une bonne blague économique. Ca s’apprend pourtant en prépa HEC - Economique et Commerciale - (que je termine en ce moment) : la concurrence libre et parfaite du marché est une théorie économique libérale pure. C’est la base d’ailleurs. On ne peut pas l’atteindre, bien sûr, mais les penseurs libéraux ont eux du atteindre Dieu ou Bouddah avec leur manque de recherche pratique et des points d’application des théories. Le plein-emploi est l’objectif des théories Keynésiennes, qui ont le grand mérite d’être plus terre-à-terre et concrètes. Evidemment, les objectifs de ces grands courants idéologiques sont opposés et dans la constitution, ils se contredisent. Pourquoi ?

Comment voulez-vous avoir une concurrence libre et parfaite ? Et bien en interdisant les entreprises de faire sauter leur concurrents à la TNT, oui ça d’accord, je veux bien. Mais même là, on voit bien que le pivot est l’Etat. Atteindre la libre concurrence, c’est nécessairement réduire le rôle de l’état à ses fonctions dites régaliennes (police, justice, armée, monnaie). Evidemment, inutile de dire que tout doit être épuré : services publics, voire pourquoi pas les pompiers, mais aussi aides sociales, et donc aides pour le chômage. Et vous comptez avoir un plein emploi comme ça ?

Bravo pour la contradiction économique. Je me demande pourquoi personne n’a protesté…bah c’est sûr qu’on a pas des Stiglitz en France, ni même en Europe.

De toute manière une partie économique n’a rien à ficher dans une constitution. C’est d’une extrême arrogance que de vouloir planifier le cadre économique pour une durée illimitée sur le mode « libéral » : libéraux, rappelez-vous deux choses qui devraient vous rendre plus humbles et rabaisser vos ego au niveau de ceux des Keynésiens et Néo-Keynésiens. Déjà le passage à une acceptation et la mise en application des idées néo-libérales ne s’est fait que PARCE QUE le Keynésianisme a montré ses limites et des disfonctionnements (que vous n’avez pas voulu analyser de manière à les supprimer). Les théories néo-libérales montrent déjà maintenant leur limites, ne vous en déplaise. C’est mon point d’avertissement numéro deux : de plus en plus de gens refusent cette idéologie. On ne mène pas l’avenir global de la planète sur des bases égoïstes et individualistes ! Adam Smith avait raison car il analysait un morceau de population/société mondiale ! Avec le mélange des cultures, le laissez-faire est abjecte, car il profite…aux plus riches. Immonde. Ne me parlez pas de sélection naturelle, j’aimerai voir la tête d’un PDG après un an dans la peau d’un noir en France, ou bien d’un SDF. Evidemment, la majorité qui a voté oui gagne assez par mois pour voter oui.
Et si vous me dites que ce n’est qu’une idéologie, je vous réponds : pensez à votre survie, et montrez moi un seul ouvrier, plombier, chômeur, étudiant qui travaille, un seul, Polonais, Français, Ethiopien, qui soit pro-libéral.

Donc, une constitution libérale mais avec de forts acquis sociaux ? Hum, piège à con. Comment les acquis sociaux peuvent-ils être forts alors qu’ils sont niés pratiquement dans la même phrase par une volonté libérale? C’est incohérent.

Autre argument que j’ai entendu : si la Constitution n’est pas ratifiée par la France (en gros si la majorité démocratique vote non, ce qui vient de se produire), la France aura une place affaiblie au sein de l’Union. Oui, à première vue ça fait bizarre de refuser une constitution, alors que celle-ci a été conçue sous la présidence d’un Français, et que la France est un pays fondateur de l’Union. Pour le fait que la Constitution ait été créé entre autre par Giscard…bah je dirais que pas un Européen, même Français n’a élu Giscard, ni aucun des autres « élites » pour bosser sur ce projet, donc n’abusons pas s’il vous plaît. D’autre part, c’est justement parce que la France est un pays fondateur qu’elle peut se permettre de peser un poids plus lourd et dire que ça va pas. Si ce ne sont pas les anciens membres, les nouveaux alors ? Si ce ne sont pas les anciens, qui dira non ? Que diraient les membres de l’Union si la Pologne osait refuser la Constitution alors que pour l’instant elle en profite financièrement (égoïstement d’ailleurs) ? D’autre part, dire que la France risque de ne plus être une puissance européenne…est une prévision nulle (au sens de « pas logique »). Ou alors personne ne lit Challenge. La France est aujourd’hui la deuxième destination mondiale pour les investissements ! D’autre part, qui est le plus gros producteur agricole en Europe? Hein ? Rappelez-vous que pour l’instant l’Europe est basée sur le fric ! Les risques d’effondrements sont quasi-nuls tant qu’il y aura du fric à gagner pour tout le monde, et ça, les élites le savent très bien, vu que ce sont elles qui en profitent en premier. Encore un argument bidon, tiens.

Evidemment, tout est une question de fric, comme d’habitude si j’ose dire. Quelqu’un me disait : « mais il faut qu’on se dépêche d’être compétitifs ! » Face aux Chinois s’entend. Bien sûr, la menace est assez importante. Les produits Chinois moins chers, arrivant en masse sur nos marchés, vont sans doute menacer nos industries. Dans ce cas-là, l’Union aura t’elle réellement des dissensions au point de ne pas protéger les boîtes Européennes (et donc Britanniques hein !) ? Mouai, même les libéraux du parti travailliste Britannique savent parfaitement que l’opinion publique demandera (avec force sondages alarmants concernant les élections, bien sûr, c’est la seule chose qui rappelle à un député qu’il n’a pas son poste à vie) bien une action efficace face aux importations Chinoises. Or c’est unis que l’on se défend le mieux. En ce qui concerne le textile Chinois, et la récente affaire qui oppose l’Europe à la Chine, j’ai lu que la « Constitution permettrait de régler le problème du textile Chinois ». Oui. Sauf que vous oubliez que ces conflits relèvent en dernier recours de l’OMC…

C’est quand même assez dingue que l’on soit mis au pieds du mur par une bande de bureaucrates et de politiciens corrompus (je pèse mes mots) qui défendent le texte du siècle, nous le filent à lire deux semaines avant le référendum, avec une campagne qui a commencé des mois avant (ça s’invente pas), et en collant une pression monstre pour qu’on accepte, sinon auquel cas ce sera le désastre, nous serons les responsables d’une crise etc…

Je suis fier des Français qui ont dit non parce qu’ils ont compris le piège et ne se sont pas laissé aller au fatalisme, ni à l’aveugle foi dans des médias, qui, ont le sait en France depuis le Loft et moi depuis que je lis la presse étrangère (Newsweek et Der Spiegel), sont pourris pour la plupart, journaux chauvins comme télévisions abrutissantes, ou radios complètement commerciales. J’ajoute que si l’on parle d’un texte plus libéral qui serait renégocié, je vous demande comment l’on pourrait le ratifier en France avec un référendum, alors que le ratifier sans passer par un référendum serait suicidaire pour le dirigeant qui oserait faire ça…

Donc résultat des courses, à part un gouvernement de poupées gonflables qui saute, l’Europe ne s’effondre pas et quelque chose de grand vient d’être prononcé. Bien sûr, ceux qui votent non parce qu’ils ont peur de la Turquie et de leur propre postérieur, parce qu’ils ne veulent pas de l’Europe, mais seulement de leur village natal et encore, ceux qui ne votent pas parce qu’ils ont la flemme de se déplacer et qu’ils ont leur sieste à faire, ceux-là n’ont AUCUN mérite de se réjouir du résultat, je ne partage nullement la joie du FN.

Mais ceux qui ont voté non car ils ne voulaient pas de cette constitution telle qu’elle est rédigée, ceux là ont tout simplement agi. Et l’histoire ne retient que ceux qui agissent. Le Non l’a emporté, tout simplement. C’est inscrit dans l’histoire.

Mais il y a mieux, la conception que je défends, après maintes analyses sur des sujets divers concernant la politique et l’économie actuellement, n’est nullement une conception anti-européenne. Quand les hommes comprendront dans leurs têtes de bois que leur avenir passe par l’unification culturelle des nations et l’abandon de cette honteuse course au fric présente réellement partout, on pourra penser des « modèles » européens de manière saine. NON, il n’y pas urgence, nous n’avons pas besoin d’être compétitifs, de gagner de plus en plus de fric et toujours plus de parts de marché face au tiers-monde, on en a assez pour des milliers d’années. Non, le fric ne fait pas tout, et l’histoire l’a mainte fois prouvé, il ne remplace pas l’amour et l’amitié, l'art et la culture. Il ne remplace même pas la connerie, c’est dire son impuissance face à des choses simples. Alors cessons de penser toute notre vie autour de cet axe. Servons nous de l’argent comme outil d’échange, et non pas comme objet de pouvoir comme le font honteusement la majorité des gens majeurs qui vont me lire, même inconsciemment. Oui, l’avenir de l’Europe repose dans sa force culturelle, et non pas dans sa capacité à dire économiquement non aux Chinois. Pour l’instant les ouvriers Chinois ne bronchent pas, mais peu de choses feront qu’ils disent un jour non à leurs conditions de travail exécrables. Pareil pour les cadres américains. Cela ne durera jamais trop longtemps. Et à ce moment, ils comprendront que le fric ne fait pas tout. La même chose va se produire plus vite en Europe.

C’est pour cela que j’ai voté NON. Non au fric, car je sais qui a pressé les concepteurs sur certains points économique du projet, qui presse les dirigeants à lancer aussi vite de pareils projets. Les groupes d’intérêts, ou lobbys. Il va sans dire que ce ne sont pas des lobbys pour protéger la nature mais bien des groupe pour défendre des intérêts financiers. Donc pour gagner plus de fric.

Idéalisme ? Utopisme ? Peut-être ! Mais je suis fier de rêver là où la plupart des gens sont devenus purement aveugles, sous appellation de « réalisme ». Ces gens-là construisent leur présent ou même leur futur proche, mais ne pensent pas réellement à l’avenir. La seule chose qui dure, c’est l’avenir, pas le présent.

Kobh'jah'sabosen,
Médiateur Chiss de la Maison Sabosen
Natif de Chandrila

Posté par propergol à 00:50 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires

Enfin ! Bravo en tout cas. Je t'ai déja dit ce que jen pensais. Je suis pratiquement d'accord sur tout.... enfin bon.
bzoo

Posté par jue, 01 juin 2005 à 17:02

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